Les flobarts de la Côte d'Opale : l'âme maritime de Wissant et d'Audresselles

Partagé le 11/06/2026


EXTRAIT:

Bateaux et Destinations d'Actunautique : un bateau, une destination, une histoire...  Posés sur les galets face à la Manche, les flobarts font partie des dernières grandes embarcations traditionnelles du littoral français. Conçus pour être mis à l'eau directement depuis la plage, sans port ni ponton, ils racontent une histoire de pêcheurs, de familles et de villages tournés vers la mer depuis des générations. De Wissant à Audresselles, en passant par Ambleteuse, ces bateaux robustes demeurent les témoins d'un patrimoine maritime aussi discret que fascinant.

Quand la mer dicte encore le rythme des hommes

À Audresselles, les bateaux ne dorment pas dans un port. Ils reposent sur les galets, tournés vers l'horizon.

À marée basse, les flobarts dessinent une ligne colorée au pied des maisons du village. Les filets sèchent au soleil, les goélands surveillent les allées et venues des pêcheurs et la Manche s'étire jusqu'aux falaises anglaises, visibles certains jours à l'horizon.

Ici, la mer reste une présence quotidienne. Les horaires de sortie dépendent encore des marées. Le vent, les courants et la houle conditionnent les activités des marins comme ils le faisaient déjà il y a plusieurs siècles.

Dans ces villages de pêcheurs accrochés au littoral entre le cap Gris-Nez et Boulogne-sur-Mer, le flobart n'a jamais été un simple bateau. Il représente un mode de vie façonné par la proximité immédiate de la mer et par l'absence de véritables abris naturels.

Pourquoi parle-t-on de flobart ?

Le terme « flobart » trouverait son origine dans les dialectes maritimes flamands qui ont longtemps influencé les côtes du nord de la France et de la Belgique.

Le bateau lui-même répond à une contrainte très particulière : pouvoir être lancé depuis une plage puis remonté à terre après chaque sortie. Contrairement aux embarcations destinées à rester amarrées dans un port, le flobart est conçu pour vivre entre terre et mer.

Sa coque robuste, ses formes arrondies et sa conception particulièrement solide lui permettent de supporter les contacts répétés avec les galets et les opérations de halage.

Longs généralement de 5 à 8 mètres selon les usages et les époques, les flobarts étaient conçus pour transporter quelques hommes, leurs filets, leurs lignes ou leurs casiers tout en restant suffisamment légers pour être remontés sur la plage.

Chaque détail de leur construction témoigne de l'ingéniosité des pêcheurs qui ont dû adapter leurs bateaux aux spécificités du littoral de la Manche.

Une histoire intimement liée aux pêcheurs de la Côte d'Opale

Pendant des siècles, les villages de Wissant, Audresselles et Ambleteuse ont vécu au rythme de la pêche artisanale.

Avant la création des infrastructures portuaires modernes, les marins ne disposaient d'aucun bassin protégé pour abriter leurs embarcations. Après chaque sortie, les bateaux étaient donc remontés sur la plage afin d'échapper aux tempêtes et aux grandes marées.

Cette opération nécessitait souvent l'aide de plusieurs personnes. Familles, voisins ou équipages se retrouvaient pour tirer les flobarts hors de l'eau à l'aide de cordages, puis plus tard grâce à des treuils ou des tracteurs.

Le bateau faisait partie intégrante de la vie communautaire. Son entretien, sa réparation et sa mise à l'eau mobilisaient régulièrement tout le village.

Une pêche côtière au plus près des éléments

Les flobarts étaient destinés à une pêche artisanale pratiquée à quelques milles seulement des côtes.

Selon les saisons, les pêcheurs capturaient les principales espèces de la Manche : maquereaux, harengs, merlans, soles, plies, carrelets, bars, lieus jaunes ou encore turbots. Le hareng occupait une place particulière dans l'économie maritime régionale. Surnommé autrefois « l'or bleu du Nord », il a longtemps fait vivre des milliers de familles entre Boulogne-sur-Mer et les villages de la Côte d'Opale.

Les casiers déposés près des zones rocheuses permettaient également de capturer homards, tourteaux, araignées de mer et crevettes grises.

Cette pêche côtière exigeait une parfaite connaissance des marées, des courants et des fonds marins. Les pêcheurs travaillaient souvent seuls ou en très petits équipages, dans une relation directe avec la mer qui caractérise encore aujourd'hui l'identité maritime de la région.

La Côte d'Opale en quelques chiffres

Pour comprendre l'environnement dans lequel évoluent les flobarts, il faut prendre la mesure de ce littoral exceptionnel.

La Côte d'Opale s'étend sur près de 120 kilomètres, entre la baie de Somme et la frontière belge. Elle alterne longues plages de sable, falaises crayeuses, dunes, caps rocheux et petits villages maritimes.

Le détroit du Pas-de-Calais constitue l'une des voies maritimes les plus fréquentées de la planète. Chaque année, plusieurs dizaines de milliers de navires y transitent entre la mer du Nord et l'océan Atlantique.

Le cap Gris-Nez, situé à quelques kilomètres de Wissant, n'est distant que d'environ 34 kilomètres des côtes anglaises, ce qui en fait le point du territoire français métropolitain le plus proche de l'Angleterre.

L'ensemble formé par le cap Gris-Nez et le cap Blanc-Nez bénéficie aujourd'hui du label Grand Site de France.

Le bateau emblématique de la Côte d'Opale

Chaque territoire maritime possède son embarcation de référence.

Le Bassin d'Arcachon possède ses pinasses. Saint-Tropez ses pointus. Porto ses rabelos. La Loire ses toues cabanées.

La Côte d'Opale possède ses flobarts.

Leur silhouette trapue, leurs couleurs vives et leur présence permanente sur les plages constituent l'une des images les plus authentiques du littoral boulonnais.

Ils incarnent une culture maritime où la proximité avec la mer demeure totale.

Où découvrir les flobarts aujourd'hui ?

Audresselles reste le village le plus emblématique pour observer les flobarts dans leur environnement traditionnel.

Le long de la plage, plusieurs embarcations continuent d'être utilisées ou entretenues par des pêcheurs et des passionnés du patrimoine maritime. La vision des bateaux reposant directement sur les galets constitue l'une des images les plus caractéristiques de la Côte d'Opale.

Wissant conserve également une forte identité maritime, tout comme Ambleteuse dont le célèbre fort édifié sous Louis XIV veille toujours sur l'estuaire de la Slack.

Les secteurs d'Escalles, Tardinghen, Sangatte, Wimereux ou encore les environs du cap Blanc-Nez permettent également de découvrir les paysages qui ont façonné l'histoire de ces bateaux.

Les anecdotes qui racontent la mer du Nord

La vie des flobarts est indissociable des contraintes du littoral.

Pendant des générations, les pêcheurs ont dû apprendre à lire la mer avant même de prendre le large. Une houle trop forte pouvait rendre impossible le retour sur la plage.

Les galets constituaient une autre difficulté permanente. Ils usaient les coques, imposant des réparations fréquentes et un entretien rigoureux. Les charpentiers de marine adaptaient donc leurs techniques afin de renforcer les parties les plus exposées des bateaux.

Dans certains villages, la remontée des flobarts constituait un véritable événement collectif. Lorsque les conditions devenaient difficiles, plusieurs habitants venaient spontanément aider les équipages à mettre leurs embarcations en sécurité.

Cette solidarité demeure aujourd'hui l'une des valeurs les plus souvent évoquées par les anciens pêcheurs de la région.

Les expériences proposées autour des flobarts

Découvrir les flobarts, c'est avant tout découvrir un territoire.

Les promenades le long des plages d'Audresselles, de Wissant ou d'Ambleteuse permettent d'observer ces embarcations dans leur cadre naturel. Plusieurs associations proposent également des animations consacrées à l'histoire de la pêche artisanale et des traditions maritimes de la Côte d'Opale.

Les amateurs de randonnée peuvent suivre les sentiers reliant le cap Gris-Nez au cap Blanc-Nez, offrant des panoramas spectaculaires sur le détroit du Pas-de-Calais.

Par temps clair, les falaises du Kent apparaissent à l'horizon, rappelant la proximité historique entre les deux rives de la Manche.

Combien coûte la découverte de ce patrimoine ?

L'observation des flobarts sur les plages est naturellement gratuite.

Les musées locaux, maisons du patrimoine et événements maritimes organisés sur la Côte d'Opale proposent généralement des tarifs accessibles, souvent compris entre quelques euros et une dizaine d'euros.

L'essentiel de l'expérience reste cependant la découverte libre des villages de pêcheurs, des plages et des paysages côtiers qui constituent l'écrin naturel de ces bateaux.

Les flobarts dans l'imaginaire de la Côte d'Opale

Moins célèbres que les pointus méditerranéens ou les pinasses du Bassin d'Arcachon, les flobarts occupent pourtant une place essentielle dans la mémoire maritime du Nord.

Ils apparaissent régulièrement dans les ouvrages consacrés à la pêche artisanale, à l'histoire du Boulonnais et aux traditions maritimes de la Côte d'Opale. Leur silhouette figure également dans de nombreuses photographies, peintures et cartes postales représentant Audresselles, Wissant ou Ambleteuse.

À travers eux, c'est toute une culture maritime populaire qui continue de vivre.

Construction et restauration : préserver un patrimoine rare

La préservation des flobarts repose aujourd'hui sur l'engagement d'associations patrimoniales, de charpentiers de marine et de passionnés de la Côte d'Opale.

À Audresselles, l'Association Flobarts des Deux Caps joue un rôle majeur dans la sauvegarde de ces embarcations emblématiques. Elle participe à leur restauration, à leur entretien et à leur présentation lors de manifestations maritimes régionales.

Chaque intervention nécessite une parfaite connaissance des techniques traditionnelles de construction adaptées aux contraintes du littoral. Les coques doivent notamment résister aux galets, aux mises à l'eau répétées depuis la plage et aux conditions parfois exigeantes de la Manche.

Grâce à ces initiatives, plusieurs flobarts historiques demeurent visibles à Audresselles, Wissant ou Ambleteuse. Ils témoignent d'un savoir-faire maritime unique en France et contribuent à maintenir vivant un patrimoine intimement lié à l'identité de la Côte d'Opale.

Ce qu'il faut retenir des flobarts de la Côte d'Opale

Bien plus qu'un simple bateau de pêche, le flobart est l'un des symboles les plus authentiques du littoral du Pas-de-Calais. Pendant des générations, il a accompagné le quotidien des pêcheurs de Wissant, Audresselles et Ambleteuse, dans un environnement où la mer, les marées et les galets dictaient leur loi.

Des plages du cap Gris-Nez aux villages du Boulonnais, ces embarcations continuent aujourd'hui de raconter une histoire profondément humaine, faite de travail, de solidarité et d'attachement à la mer.

Les maquereaux, harengs, soles ou homards qui faisaient autrefois vivre les familles du littoral ont disparu des marchés locaux pour certains ou se sont raréfiés pour d'autres. Les flobarts, eux, demeurent. Posés sur les galets face à la Manche, ils rappellent qu'avant les ports modernes et les technologies de navigation, il suffisait parfois d'un bateau robuste, d'un équipage expérimenté et d'une parfaite connaissance des marées pour partir gagner sa vie sur l'eau.