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Année après année, la Wissant Wave Classic dans le nord de la France prend du galon et s’impose comme une épreuve incontournable. Du 12 au 20 septembre prochain, elle devient même une compétition 4 étoiles du World Wave Tour. Organisateur et chef d’orchestre, Sylvain Bourlard se confie au micro de Windsurfjournal.com à quelques jours du début des festivités…
La Wissant Wave Classic passe cette année au statut 4 étoiles du WWT/PWA. À quel moment as-tu compris que le projet pouvait franchir ce cap, et qu’est-ce que cette reconnaissance change concrètement pour l’organisation ?
Sylvain Bourlard : Ça fait maintenant deux ans que j’ai repris l’organisation de la Wissant Wave Classic. Dès le départ, j’ai voulu faire évoluer cette épreuve locale en l’intégrant au circuit World Wave Tour, initialement avec l’idée d’un événement 2 étoiles. Mais dès la première année, je me suis rendu compte que les contraintes d’une épreuve 3 étoiles étaient à notre portée. Simeon Glasson, le manager du WWT, m’a aidé, nous a fait confiance et nous avons finalement intégré le circuit directement en 3 étoiles. L’année suivante, nous avons également récupéré le Championnat de France de Vagues, que nous avons intégré à la compétition. Ces deux éditions ont été de vrais succès. Elles se déroulaient sous forme de waiting period sur deux ou trois mois en fin d’année, avec des épreuves organisées uniquement le week-end. On lançait généralement une première alerte le mardi, puis la validation définitive le jeudi pour le week-end suivant. Autant dire que tout se faisait à la dernière minute, mais sur seulement deux jours. Quand j’ai repris l’organisation de la WWC, mon objectif était clairement de la faire grandir. Il y a une vraie demande à Wissant, une communauté de windsurfers très importante et surtout un spot parfaitement adapté à une compétition de vagues. J’ai donc proposé à toute l’équipe d’organisation et à l’association 2 Caps Windsurf de poursuivre sur cette lancée et de passer en 4 étoiles. Cette proposition n’a pas immédiatement fait l’unanimité, parce que cela change énormément de choses. Le format waiting period n’est plus possible : l’épreuve fait désormais partie du calendrier international comptant pour le titre mondial et les riders viennent du monde entier. Impossible de leur demander de réserver un billet d’avion avec une validation seulement un ou deux jours avant ! Il fallait donc trouver des dates fixes capables de s’intégrer au calendrier mondial. J’ai choisi une période de neuf jours, comprenant deux week-ends et la semaine entre les deux, afin de maximiser nos chances d’avoir de bonnes conditions tout en restant sur une durée raisonnable pour les organisateurs, les bénévoles et les coureurs. Mais organiser une compétition pendant neuf jours n’a évidemment rien à voir avec un événement de deux jours. Les équipes photos et vidéos, les juges, les bénévoles et toute l’organisation doivent être disponibles en permanence, car nous devons être capables de lancer la compétition dès que les bonnes conditions se présentent. C’était le premier gros défi. Le second, c’est évidemment le budget. Une épreuve 4 étoiles impose notamment 10 000 $ de prize money, auxquels s’ajoutent tous les coûts logistiques sur neuf jours. Pour moi, il était difficilement envisageable d’organiser correctement cet événement avec un budget inférieur à 50 000 €. Cela signifiait donc trouver beaucoup plus de partenaires et, compte tenu de la conjoncture actuelle pour les entreprises françaises, ce n’était pas gagné d’avance. Heureusement, de nombreux partenaires locaux, souvent passionnés de windsurf et très attachés à Wissant, nous ont suivis dans cette aventure. C’est grâce à eux que cette première coupe du monde de windsurf dans le nord de la France peut aujourd’hui devenir une réalité. Enfin, pour réaliser cette épreuve 4 étoiles, j’ai dû constituer une nouvelle équipe, prête à s’investir pleinement dans ce projet. Et ce n’est pas facile de trouver des personnes qui, avec leur vie personnelle, leur travail, leurs enfants et leurs propres projets, acceptent de s’investir bénévolement pendant neuf mois pour faire de cet événement une réussite.
Wissant est réputé pour ses conditions parfois très engagées et surtout très variables. Avec une waiting period de neuf jours, comment vas-tu construire le dispositif de compétition pour être capable de saisir la meilleure fenêtre météo tout en répondant aux exigences d’une épreuve internationale ?
SB : Wissant fonctionne principalement en vagues avec les régimes dépressionnaires, et le vent de sud-ouest est clairement l’orientation idéale. Par sud, nous pouvons avoir de très belles conditions side-off, tandis que par ouest nous pouvons avoir du bon onshore. Plus rarement, le nord-est peut également offrir de belles conditions de vagues et permet alors de naviguer tribord. C’est justement ce qui est intéressant à Wissant : beaucoup de configurations sont possibles. La période de septembre nous offre également des journées beaucoup plus longues que lors de nos précédentes éditions en fin d’année. C’est un élément extrêmement important, car sur une grosse journée de vent, nous pouvons potentiellement valider un tableau pro complet. Côté houle, avec un régime dépressionnaire, les vagues se forment très rapidement à Wissant. Il y aura évidemment toujours une part de chance avec la météo, mais Wissant reste un spot très venté et je suis convaincu que nous aurons de quoi courir. Nous pouvons également avoir des fenêtres de quelques heures seulement et avancer progressivement dans les tableaux chaque jour. Les Juniors de moins de 18 ans peuvent aussi courir dans des conditions plus légères. Ce sera donc à nous d’être réactifs et d’optimiser au maximum chaque créneau météo. La priorité sera évidemment donnée aux tableaux Pro, mais nous ferons tout notre possible pour valider l’ensemble des catégories. J’ai également tenu à conserver une catégorie Amateur, notamment pour les locaux et pour tous les riders qui ont envie de s’essayer à la compétition. C’est important pour nous de conserver ce côté accessible et convivial qui caractérise la Wissant Wave Classic depuis le début.
Le calendrier 2026 place Wissant juste avant la Sylt World Cup. Est-ce que cette position peut te permettre d’attirer un plateau international particulièrement relevé, avec des riders déjà présents en Europe ? Quels noms aimerais-tu voir au départ ?
SB : Le choix des dates n’a clairement pas été fait au hasard. Le circuit a considérablement évolué et regroupe désormais dix événements cette année. Lorsque j’ai dû choisir les dates, deux périodes semblaient cohérentes : juin ou septembre. Septembre, dans le nord de la France, est généralement synonyme du retour des dépressions de sud-ouest et donc du vent et des vagues qui vont avec. Sylt étant un rendez-vous historique du circuit mondial à la fin du mois de septembre, il me semblait logique de positionner Wissant juste avant. Cela permet aux riders d’enchaîner les deux compétitions et de limiter leurs déplacements et leurs coûts. Ils auront cinq jours entre les deux épreuves, ce qui est idéal. Et puis Wissant peut aussi être une bonne transition entre les températures estivales des Canaries et celles de Sylt, où la combinaison est généralement indispensable ! Chez nous, en septembre, les températures de l’air et de l’eau restent très agréables, ce qui est aussi important pour accueillir un public nombreux. Par rapport à notre édition 2025 organisée en décembre, nous gagnons environ cinq heures de lumière par jour. Pour une compétition de vagues, c’est énorme. Sur une journée complète avec de bonnes conditions, nous pouvons potentiellement valider tout le tableau Pro. Bien sûr, nous adapterons le programme en fonction du vent, des vagues et des marées. Ce choix stratégique doit surtout nous permettre d’attirer les meilleurs riders de la planète et, évidemment, les têtes de série du circuit. Il y a énormément de windsurfers à Wissant qui rêvent de voir les meilleurs mondiaux naviguer sur leur spot. Les voir évoluer dans les mêmes conditions qu’ils rencontrent au quotidien, parfois très difficiles, va être assez incroyable. Et je pense surtout aux nombreux jeunes du coin qui vont pouvoir rencontrer leurs idoles, les voir naviguer à quelques mètres d’eux et partager leur passion avec les meilleurs mondiaux. C’est aussi pour ça qu’on organise cet événement.
La WWC s’est déjà imposée comme un rendez-vous important du Championnat de France de Vague. Comment concilier, sur une même épreuve, les exigences du circuit mondial et celles du championnat national, notamment en termes de format et de niveau sportif ?
SB : C’est une question très importante, et je peux te garantir qu’on s’est beaucoup creusé la tête sur ce sujet ! À l’époque, les titres de Champions de France étaient décernés par le Pôle Nautique de la Hague à Siouville. Lorsqu’ils ont souhaité arrêter l’organisation du Championnat de France, nous savions que si personne ne reprenait le flambeau, le championnat risquait tout simplement de disparaître. Et une fois disparu, il aurait probablement été très compliqué de le relancer. C’est aussi pour cette raison que nous l’avons rapidement intégré à la Wissant Wave Classic. Jusqu’à présent, nous avions une très grande majorité de riders français et cela ne posait pas réellement de problème. Mais cette année, avec le passage en 4 étoiles, nous pouvons avoir une majorité de riders étrangers. Il devenait donc indispensable d’avoir un véritable classement français pour attribuer les titres de Champion et Championne de France. L’année dernière, le vainqueur de l’événement devenait Champion de France, quelle que soit sa nationalité. Or, si le podium est entièrement composé de riders étrangers, on n’a plus vraiment affaire à un Championnat de France, mais davantage à une coupe du monde. Nous avons donc travaillé avec la Fédération pour adapter le règlement : désormais, pour concourir au titre de champion ou championne de France, il faudra être Français et licencié en France. En parallèle, le vainqueur de la Wissant Wave Classic remportera cette étape de la coupe du monde, qu’il soit Français ou étranger. Nous aurons donc deux classements distincts : le classement de l’étape mondiale et le classement du Championnat de France. Faire cohabiter le classement mondial et le Championnat de France n’est pas simple, surtout si la fenêtre météo est courte. Le format définitif sera précisé dans l’avis de course juste avant l’épreuve, en fonction des prévisions. Si la fenêtre météo est limitée, l’idée est d’intégrer les meilleurs Français directement dans les tableaux Pro, puis d’organiser deux demi-finales et les finales avec les huit meilleurs Français issus du tableau afin d’obtenir le classement national le plus juste possible. Mais nous avons travaillé sur plusieurs scénarios et nous choisirons le plus adapté en fonction du nombre de jours de vent disponibles. Nous aurons donc les catégories Pro Hommes, Pro Femmes, Juniors garçons et filles de moins de 18 ans, ainsi qu’un classement Amateur. Pour les amateurs, les points mondiaux seront attribués à la suite du classement Pro afin que le premier Amateur ne puisse pas être classé devant le dernier Pro. En revanche, tous les riders du tableau Amateur auront des points et intégreront donc le classement mondial. Nous aurons également un classement Masters pour les plus de 45 ans, avec une remise de trophée. Tous les riders français inscrits pourront concourir pour les titres de Champion et Championne de France, avec une licence compétition française obligatoire. Enfin, si les conditions météo nous permettent de faire courir les Amateurs avant les Pros, nous envisageons de donner aux quatre premiers la possibilité d’intégrer le tableau Pro. Encore une fois, la météo décidera de beaucoup de choses, mais nous avons essayé d’anticiper un maximum de scénarios.
Au-delà de la compétition, neuf jours d’animations sont annoncés avec notamment des initiations, du yoga, des rencontres avec les riders et des soirées. Quelle place souhaitez-vous donner au public et aux pratiquants locaux dans cette nouvelle version de la Wissant Wave Classic ?
SB : Même si nous passons en 4 étoiles, notre ambition ne se limite surtout pas à organiser une compétition sportive. Nous voulons créer un véritable événement autour du windsurf. Cela fait longtemps que nous n’avons pas accueilli de coupe du monde de vagues en France et ce sera une première à Wissant et dans le nord de la France. Nous voulons donc accueillir un maximum de public et faire de ces neuf jours une grande fête de la planche à voile. Nous voulons aussi profiter de l'événement pour faire découvrir Wissant au monde entier et montrer une autre image du nord de la France. Je pense que beaucoup de personnes vont être surprises en découvrant la beauté des paysages du Grand Site des Deux Caps. Les jours sans vent, l’idée est également de faire découvrir la région aux riders, notamment à travers des sorties running ou vélo pour ceux qui le souhaitent. Un village "Glisse" sera installé sur le site de la compétition afin de faire vivre l’événement toute la journée, avec notamment des associations qui proposeront des initiations à différents sports de glisse. Nous organiserons également un nettoyage de plage avec les bénévoles et les personnes qui souhaiteront participer, par l’intermédiaire de l’association Pure Ocean. Un sauna mobile avec vue sur mer sera installé afin d’offrir aux riders comme au public un moment de détente assez unique. Et bien évidemment, le côté festif des soirées nordistes ne sera pas oublié ! Notre objectif est vraiment de rassembler tous les passionnés de windsurf, mais également de faire découvrir notre sport à un public beaucoup plus large. Nous voulons montrer que le nord de la France possède des conditions exceptionnelles pour le windsurf. La configuration géographique des Deux Caps, avec l’Angleterre juste en face, favorise l’accélération du vent et permet aux vagues de se former très rapidement. C’est cette combinaison qui donne au spot de Wissant son caractère si particulier.
Si tout se passe comme tu l'espères en septembre, quelle ambition as-tu pour la Wissant Wave Classic à moyen terme : installer durablement Wissant comme une étape incontournable du World Wave Tour, voire viser un jour le niveau 5 étoiles ?
SB : Ce sera seulement notre troisième édition avec le WWT et le travail nécessaire pour arriver à ce niveau est déjà considérable. Organiser un événement comme celui-là, c’est quasiment un métier à part entière ! Je tiens vraiment à remercier plus particulièrement François Régis, Damien, Adrien et Gauthier qui s’investissent énormément à mes côtés dans l’organisation de cet événement. Il faut tout donner pendant des mois en sachant qu’au bout du compte, il reste une chose que personne ne maîtrise : la météo. Personnellement, j’essaie de faire complètement abstraction de cette éventualité et de préparer l’événement comme si nous allions avoir neuf jours de conditions parfaites ! Ce format à dates fixes est une première pour Wissant et sera forcément un test grandeur nature pour toute l’équipe. Il est donc encore difficile de dire aujourd’hui de quoi l’avenir sera fait. La priorité est de réussir cette première édition 4 étoiles et de montrer que Wissant est capable d’accueillir une compétition internationale de cette ampleur. Mais évidemment, si tout se passe bien, ce serait génial de réussir à installer durablement Wissant comme une étape annuelle de la Coupe du monde. Et pourquoi pas, dans quelques années, passer en 5 étoiles ? Ce serait une magnifique évolution pour la WWC, pour Wissant et pour le windsurf français.
Wissant possède une identité très forte dans la culture windsurf française, avec une communauté locale particulièrement active. Comment faire en sorte que l’arrivée du World Wave Tour ne transforme pas la WWC en simple étape internationale, mais conserve justement cette âme et cette convivialité qui font sa particularité ?
SB : C’est justement l’un des points auxquels nous tenons le plus. Nous avons notamment souhaité conserver une catégorie Amateur afin de permettre aux riders locaux de participer réellement à la compétition et de vivre eux aussi l’aventure d’une coupe du monde. Pour certains, pouvoir dire qu’ils ont participé à une étape du circuit mondial sur leur home spot, c’est déjà un rêve. Nous voulons aussi conserver l’esprit convivial des éditions précédentes. Il y aura des moments de partage entre les Pros, les Amateurs, les bénévoles et le public, des repas organisés avec les riders, des soirées et tout ce qui fait depuis le début l’ambiance particulière de la WWC. L’idée n’est surtout pas que l’arrivée du World Wave Tour fasse disparaître l’identité de la Wissant Wave Classic. C’est exactement l’inverse : nous voulons profiter du circuit mondial pour faire découvrir cette identité au plus grand nombre. La WWC doit rester une compétition où un jeune ou un amateur peut venir voir les meilleurs mondiaux naviguer sur son spot, les rencontrer le soir, discuter avec eux et, pour certains, se retrouver lui-même dans le tableau de la compétition. C’est cette proximité entre les meilleurs mondiaux, les locaux, les bénévoles et le public que nous voulons absolument préserver. On veut faire grandir la Wissant Wave Classic, sans perdre ce qui a fait son succès et son âme depuis le début.
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