Les chalets de Blériot-Plage vivent-ils leurs derniers instants ?

Rédigé le 07/10/2020
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Ils font partie du paysage du Calaisis depuis des décennies, au même titre que les ferries ou les côtes anglaises qu’on peut apercevoir au large. Mais cette présence des chalets de plage est remise en question depuis la révision en 2006 de la loi Littoral.On en dénombre ici plus de 230, tous plus différents les uns que les autres. Uniques, biscornus, blancs, bleus, gris, petits ou grands, ces chalets font le bonheur de plusieurs générations de Blériotins depuis l’après-guerre. A l’instar de Loïc Lassalle, propriétaire de deux d’entre-eux. Il a hérité de la passion des lieux par ses grands-parents, et les a aménagés comme de véritables petites maisons.

« J’y passe plusieurs mois par an. J’habite à côté, à 50 mètres d’ici, et à partir de mai, j’y suis quotidiennement pendant presque 3-4 mois », nous confie-t-il. « Et le reste du temps, j’y passe plusieurs jours par semaine… C’est un vrai lieu de vie, où j’aime être, on est à proximité de la mer, et on aime inviter des gens à passer du temps ici à la plage ».

Des chalets hors-normes

C'était sans compter sur un décret changeant en 2006 la loi Littoral.  Un décret qui redéfinit « les règles d’occupation qui veillent à la fois au libre accès des plages, à la protection du patrimoine naturel et des paysages et au renforcement de l’attractivité ».

« Dans un contexte de changement climatique et face aux risques de submersion marine, il est dans l'intérêt de tous (exploitants, usagers, collectivités…) de favoriser les aménagements démontables et de veiller au démontage des installations à la fin de la saison. Il en est de même en ce qui concerne le taux d'occupation linéaire maximal qui, bien que souvent critiqué, constitue un gage de conciliation des différents usages et de liberté d'accès », justifie le ministère de la Transition écologique sur son site internet.

Ainsi, les constructions sur la plage doivent, entre autres, ne pas dépasser une surface de 2,5m sur 2,5m, n’occuper pas plus de 20% du linéaire de la plage et n'y être installés que 6 mois dans l'année. Elles doivent donc être démontables.

Un devis lancé par la Ville pour leur démontage

Après plusieurs reports, le décret doit s’appliquer d’ici fin 2020. La ville a donc lancé un devis en vue du démontage des chalets hors-normes. « Le moratoire courrait jusqu’en 2020. Il s’agit d’un ultimatum de l’État, pas de la commune » explique Pascal Dubus, adjoint au littoral de la ville de Sangatte, dans les colonnes de La Voix du Nord. « Nous sommes dans l’obligation de les déplacer. C’est la loi. Il faut s’y conformer. On n’a pas le choix. Certains chalets sont disparates, délabrés et donc dangereux », constate l’adjoint blériotin.

Plus de la moitié des chalets de Blériot ne sont aujourd’hui toujours pas aux normes du décret. La Ville de Sangatte a fait établir un devis pour chiffrer le coût du démontage collectif de ces «bicoques» de plage. Une démarche qui alarme l’association des Chalets Castors, constituée en 2016, « pour préserver ce patrimoine dans une démarche de protection de l’environnement ».

Les propriétaires de chalets adhérents de l’association voient notamment un intérêt écologique au maintien de leurs installations. « On pense qu’il y a un vrai enjeu autour de la sécurité », souligne ainsi Loïc Lassalle. « Il faut imaginer que si on enlève tous ces chalets là, le seul moyen mécanique de stopper les mouvements de sable et la mer, c'est de faire une digue ! Là on a quand même trois, quatre, cinq mètres de sable stockés comme une dune plus ou moins naturelle. Ce ne sont pas les oyats qui stabilisent la dune, mais les chalets ! »

Exit les chalets, bonjour les commerces ?

Les « résidents » atypiques de la plage blériotine restent déterminés. Pour eux, la solution passe par un classement de leurs chalets. « On estime que c'est un patrimoine historique, un patrimoine matériel ET immatériel, parce que ces chalets racontent beaucoup d'histoires ! ».

Pour cela, il est urgent d’en rénover un maximum. Mais là aussi, ça se complique : « on a des problèmes pour entretenir les chalets. Comme ils sont sur la sellette, on n’arrive pas à avoir d’autorisations pour les entretenir », explique Loïc Lassalle.

Ce dernier soupçonne même la municipalité de vouloir profiter de la situation pour mener un autre projet : « ça permettra à la ville d'avoir une concession de 15 ans pour pouvoir exploiter la plage et mettre des commerces. Une fois qu’il n’y aura plus les chalets, la plage sera exploitée différemment ».

Malgré plusieurs sollicitations, la Ville de Sangatte n’a pas souhaité répondre à nos questions. Les propriétaires des Chalets Castor, eux, ne relâchent pas leur combat, car dans cette course contre la montre, « chaque grain de sable compte ».