« On vit un enfer » : à Calais et Sangatte, les migrants durement frappés par la neige et le froid

Rédigé le 10/02/2021
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Face aux températures glaciales de ces dernières heures, l’Etat a proposé des mises à l’abri dans des hangars. Une solution jugée inadaptée par l’association Utopia56.

A Calais, la boue des campements de migrants gèle dans un air polaire, mais certains préfèrent malgré tout y rester plutôt que de profiter des « mises à l’abri » proposées par l’Etat, par défiance ou pour ne pas rater une occasion de passer en Angleterre.

C’est le cas de Babaladé, un Somalien de 31 ans :

« Je dors dans une tente. Pour sortir, il a fallu que je la déchire. Parce que la fermeture était gelée. »

« On vit un enfer », témoigne-t-il, montrant le terrain où il dort avec quelques autres. Il tente de faire couler de l’eau du robinet, sans succès, car celui-ci est également gelé.

« On n’a pas d’eau. On se lève, on ne se brosse pas les dents, on ne se lave pas le visage. »

« J’aimerais bien qu’il n’y en ait plus un dehors cette nuit », commente le préfet du Pas-de-Calais Louis Le Franc en visitant, mardi, les deux hangars loués temporairement par l’Etat dans une zone industrielle de Calais, pour permettre à 300 migrants de dormir au chaud.

Des barnums délimitent des espaces comprenant 6 ou 12 lits, garnis de sacs de couchage. Des migrants – des hommes uniquement, d’autres dispositifs étant prévus pour les familles et les mineurs – lavent leurs vêtements dans les sanitaires ou les font sécher devant une source de chaleur. Une table leur propose soupes en sachets et tongs.

300 places disponibles dans deux hangars

Les nuits précédentes, en moyenne 200 places sur les 300 ont été occupées, selon Nathalie Chomette, directrice départementale de la cohésion sociale.

Elle indique que 450 personnes sont également hébergées « hors de Calais », jusque dans l’Oise, pour 600 places disponibles. Des hébergements permettant de rester au chaud pendant la journée mais jugés trop éloignés par de nombreux migrants.

« Ici c’est bien, les gens sont gentils », sourit un Egyptien, écharpe Arsenal au cou, en montrant les agents de sécurité. « Mais l’après-midi, il fait froid aussi », se plaint un autre, soulevant une à une ses six couches de vêtements.

Mercredi, les températures ne doivent pas dépasser 0 °C à Calais. A 9 heures, heure à laquelle les migrants doivent quitter les hangars, il fait -5 °C.

« On est dans une logique de mise à l’abri, pas d’hébergement jour et nuit. Le danger c’est surtout la nuit, avec des températures aussi basses on peut ne pas se réveiller si on dort sous tente », assume le préfet, conformément à la volonté de l’Etat d’éviter de nouveaux « points de fixation » sur le littoral.

« Certains refusent la mise à l’abri »

« S’il faut les garder toute la journée, on le fera », ajoute-t-il toutefois, soulignant que le matin, « on leur propose d’être hébergés en dehors du département », dans les centres d’accueil et d’examen de la situation (CAES).

Pendant la journée, des associations mandatées par l’Etat font le tour des campements pour tenter de convaincre les migrants de se mettre à l’abri. Ce mardi, sous un pont du centre-ville où des tentes sont dangereusement suspendues au ras de l’eau, un membre de l’association Audasse s’accroupit pour discuter en arabe avec un homme allongé dans une tente. Julie Piedbois, qui appartient également à cette association, fait ce constat :

« Il y a des enjeux qu’on ne peut pas maîtriser, des tentatives de passage, des passeurs, de la pression, plein de choses qui font que certains refusent la mise à l’abri. »

Si les horaires des maraudes ont été étendus jusqu’à 22 heures, des associations réclament qu’elles aient aussi lieu la nuit, racontant que des migrants retournent dormir dehors, trempés, après avoir fait naufrage.

« J’ai peur de me faire prendre mon argent »

« On fait du feu, on cuisine. Là-bas il y a trop de monde, des cris, j’ai peur de me faire prendre mon argent », explique un Soudanais. « On n’a pas confiance et on est là pour tenter [la traversée, NDLR], on ne veut pas perdre de temps », témoigne Babaladé.

« On nous fait croire à grands coups de communication à des dispositifs que les migrants ne veulent pas prendre car ils sont trop éloignés », s’énerve Yann Manzi, cofondateur de l’association Utopia56.

« Les CAES sont faits pour les personnes qui veulent demander l’asile mais pour tous ceux qui sont dublinés ou veulent aller en Angleterre, ces solutions n’en sont pas. »

Il demande « un accueil 24 heures sur 24 sans vérification administrative », près des lieux de vie. Nathalie Chomette assure, elle, d’un « accueil inconditionnel dans les CAES, le temps que les choses se calment sur le plan météo ».