Quand un pilote privé se transforme en guide touristique

Rédigé le 17/08/2021
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La proximité de la mer, des deux Caps et de la baie de Somme offrent aux pilotes de l’aéro-club de Saint-Omer de multiples possibilités de vols et autant de découvertes pour les clients de Wingly. Vols locaux et navigations au long cours sont à la carte. Au pilote de proposer les itinéraires les plus pittoresques et de trouver les mots justes.

En cet après-midi de juillet, mes deux passagers viennent de Lille. Ils ont choisi un vol d’1h20 au départ de LFQN, Saint-Omer-Wizernes, pour une balade sur la Côte d’Opale, jusqu’à Calais puis retour à Saint-Omer.

Le vol a été réservé il y a quinze jours sur le site Wingly et, dans les messages que nous avons échangés, Jean-François semble impatient d’entreprendre ce vol. Au moment de valider la réservation, j’envoie un message à la personne qui a pris l’initiative en lui rappelant que la météo décidera et que si les conditions ne sont pas remplies, nous serons contraints d’annuler.

Je l’invite à prévoir un plan B dans ce cas, une visite à la Coupole par exemple, ce bunker datant de la deuxième guerre mondiale, recouvert d’un dôme de béton, à proximité du terrain de Saint-Omer. Jean-François semble connaître le principe et m’envoie un « pas de soucis, c’est vous qui décidez «  par sms.

La veille du vol, une fois la météo prise, j’appelle les passagers de manière non seulement à faire le point mais aussi à expliquer le vol, à les inviter à prendre une bouteille d’eau, des lunettes de soleil, une casquette, mais aussi pour faire un premier briefing météo.

Wingly m’envoie un mail pour m’aider à préparer le vol du lendemain et pour rappeler les bonnes pratiques EASA de l’emport passager. Mes passagers reçoivent également un mail leur rappelant les principes de bonne conduite à bord d’un avion léger.

F-GLDK est stationné devant le hangar de l’aéro-club lorsque mes passagers arrivent en début d’après-midi. Les pleins sont faits, la prévol également. J’attends mes passagers en appelant l’ATIS de Calais et du Touquet pour faire un dernier point météo. CAVOK sur les Hauts-de-France.

Cette navigation, je la connais bien pour l’avoir souvent pratiquée avec la famille et les amis. Tracée sur une carte 1/500.000, c’est une navigation plutôt simple qui me laissera le temps de discuter avec mes passagers.

J’ai choisi de la proposer dans les vols Wingly pour son côté spectaculaire du vol au-dessus de la mer et parce qu’à lui seul, cet itinéraire donne un excellent aperçu de la région audomaroise et du Pas-de-Calais.

Mes passagers arrivent sur le plateau des Bruyères. Je les invite à me suivre et passer en zone « réglementée », pour un briefing sécurité avant vol. A chacun de mes vols Wingly, je propose deux options : soit je laisse mes passagers profiter du vol sans commentaire, soit je commente ce que je fais dans la limite du possible C’est souvent cette dernière option qui est choisie par mes passagers.

Jean-François semble très intéressé et je l’invite à me suivre pour une nouvelle visite prévol durant laquelle je commente toutes mes vérifications. J’installe sa compagne à l’arrière et lui s’installe à côté de moi. Là encore, je commente le plus possible en convenant d’un signe de la main lorsque j’aurais besoin de parler à la radio ou d’écouter.

Partant de Saint-Omer, cap à l’Ouest pour rejoindre Boulogne-sur-Mer. En atteignant la côte, laissant le port à notre gauche, je remonte plein Nord pour rejoindre le Cap Griz-Nez tout en longeant la côte et, ce faisant, je place mes passagers au-dessus de la mer, leur offrant le spectacle de la côte située à droite de notre parcours. Wissant, le Cap Blanc Nez,  Sangatte, la côte déroule ses paysages, les falaises de calcaire laissant peu à peu la place à une côte crénelée qui s’enfonce dans la mer.

J’invite alors mes passagers à regarder à gauche, au-delà de la mer. Sortant de l’hypnose de l’écume qui monte à l’assaut des côtes du Pas-de-Calais, de l’autre côté de la mer que nous survolons se dresse le mur blanc des falaises anglaises qui semble tout proche, à un jet de flèche. Ils comprennent alors sans peine la présence dans la région des vestiges, presque centenaires désormais, de rampes de lancement de V1 pointées sur Londres…

Au large du port de Calais, notre DR401 passe au-dessus du balais incessant des ferries reliant Douvres. Droit devant, la zone P ceinturant la centrale nucléaire de Gravelines est à 6 minutes à peine, nous contraint d’altérer notre cap, direction Saint-Omer en passant par la verticale de l’aéroport de Calais.

Quelque vingt minutes plus tard, nous passons à proximité de Watten et de son moulin avant de rejoindre Eperlecques et son gigantesque blockhaus aujourd’hui ceinturé par une forêt dense.

En vue de Saint-Omer, repassant sur la fréquence en auto-information du terrain, nous passons au-dessus du marais audomarois et de ses bandes de cultures maraichères typiques de la région. Suivant Arques, sa brasserie et sa cristallerie, nous passons verticale les installations de l’aérodrome avant de se reporter en vent arrière.

En 80 minutes, j’ai fait bénéficier mes passagers d’une carte postale représentative de la région de Saint-Omer, du marais en passant par la Côte d’Opale, des monuments historiques aux lieux de culture maraîchère et jusqu’à la bière du nord. Tout ceci en expliquant les principes aérodynamiques qui régissent le vol d’un avion, la phraséologie, les règles de navigation et d’aérodrome.

Les trois pilotes Wingly de l’ACSTO proposent ainsi différentes navigations. François, président de l’ACSTO, propose de partager un des quatre vols qu’il effectue régulièrement : l’un de 50 minutes vers les Deux Caps, l’un d’1h15 vers les Caps poursuivant sur le mont Cassel, un autre d’1h45 vers Eu-Le Tréport et le dernier, une navigation de plus de deux heures jusqu’aux falaises d’Etretat. Fabrice propose quant à lui un vol d’1h20 sur la côte d’Opale poursuivant jusqu’à Calais et un vol de 35 minutes autour du marais audomarois. Loïc propose deux vols vers les Deux Caps, tous deux de 50 minutes.

« Les vols les plus partagés sont ceux de 50 minutes à 1h20 en direction des Deux Caps » précise François Mobailly. « Comme les vols les plus longs sont les plus chers, ce sont souvent des vols offerts pour un départ en retraite ou un anniversaire à chiffre rond pour lesquels les gens se cotisent. » Globalement les passagers ont entre 10 et 85 ans, avec une part importante de jeunes actifs.

La motivation des vols demeure toutefois majoritairement touristique. Des vacanciers venus de Lyon, de Normandie, de Belgique, d’Allemagne, de passage dans la région, réservent un vol pour découvrir leur lieu de vacances depuis les airs après l’avoir visité au sol.

Enfin, en plus de partager un vif intérêt pour l’aviation et le vol, passagers et pilotes ont un autre point commun : celui d’être licenciés FFA. Lors d’une réservation sur des vols labellisés FFA proposés par des pilotes d’aéro-clubs affiliés, les passagers souscrivent de manière automatique à une licence passager FFA. Valable 45 jours à partir de la date du vol, la licence passager FFA, en plus d’inclure une assurance « individuelle accident », permet d’être en conformité avec les exigences imposées par le statut associatif des aéro-clubs.