Interview croisée : Justin et Jules Denel

Rédigé le 17/03/2022
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Pour bien entamer la nouvelle année, Windmag a lancé une série d'interviews croisées, consacrées aux membres d'une même famille baignant dans le windsurf !
Cette semaine, découvrez l'interview de Justin et Jules Denel, qui se sont confiés à la rédac' !
 
- Justin et Jules, pourriez-vous vous présenter en quelques phrases à nos lecteurs ?
 
Justin : J’ai 25 ans, j’habite à Bleriot-Plage, à quelques minutes en voiture de mon homespot : Wissant. Côté palmarès, je suis aujourd’hui en retrait du circuit de compétitions mais si je dois résumer mes plus gros titres, c’est ceux de champion du monde de vagues -17ans en 2011 et vice-champion du monde de slalom -17 ans en 2011. Ça ne me rajeunit pas (sourire).
 
Jules : Moi c’est Jules Denel, 31 ans, windsurfeur pro depuis 15 ans, mon homespot est Wissant, là où je réside. Concernant mon palmarès je suis trois fois champion de France, mon meilleur résultat sur la PWA Vague est 7e mondial en 2013, après une année complète. Ma meilleure performance sur une étape de Coupe du monde est la 5e place. J’ai aussi un petit palmarès en slalom, j’avais – il me semble - terminé 8e sur une épreuve de Coupe du monde à Sylt (Allemagne).
- D'où vous est venue cette passion pour la planche à voile ? 
 
Justin : Notre père était l’un des pionniers du windsurf à Wissant et un acteur majeur du sport universitaire au niveau national. C’est lui qui nous a nous a transmis le virus du sport en général et de la planche à voile, à des âges différents dont je suis incapable de me souvenir. Ma mère, pratiquant la gymnastique en compétition, est celle qui nous a poussés à intégrer les différents circuits très tôt.
 
Jules : Cette passion nous est venue de notre père, qui nous a mis à la planche, moi d’abord puis mon frère. J’ai ensuite pris le relais avec mon frère car mon papa ne pouvait plus naviguer. Notre père nous a donc transmis son amour pour le windsurf, à Wissant, nous avons vite accroché ! Nous étions déjà plongés dans le sport car nos parents tenaient un magasin de sport à Lille, nous naviguions donc les weeks-ends… 
 
- Que représente aujourd'hui le windsurf à vos yeux ?
 
Justin : C’est la constante qui a principalement structuré ma vie jusqu’ici. Sans être mon seul objectif de vie, force est de constater que mon groupe de potes, mes connaissances, mon mode et lieu de vie sont fortement liés à ce sport. Certaines opportunités que j’ai pu saisir dans d’autres contextes sont arrivées d’ailleurs grâce au windsurf. De manière générale, le windsurf c’est la liberté, le voyage, la prise en compte des conditions naturelles… c’est accepter les contraintes (vent, vagues, courant…) et voir comment il est possible de s’en servir pour faire quelque chose de positif. 
 
Jules : Le windsurf, c’est ma vie ! Je n’ai fait « que ça », c’est ce qui m’a créé, ce qui m’a forgé, ce qui a fait ce que j’ai aujourd’hui… C’est mes voyages, mes amis, mes moments que j’ai vécu. Le windsurf est l’axe principal de ma vie, si je n’avais pas eu le windsurf je ne sais pas ce qui l’aurais remplacé. Je ne me suis même jamais posé la question ! Ma vie a toujours tourné autour de la planche à voile, des voyages, des rencontres, des liens d’amitié, des partages de bons moments…  Ça a été une chance de pouvoir faire ça, ça l’est encore aujourd’hui et je pense que ça le sera toujours !  
 
- Partager le même amour pour les sports de glisse a-t-il, selon vous, renforcé encore davantage vos liens fraternels ? 
 
Justin : C’est sûr qu’on a passé un paquet de temps dans le même camion sur les routes ! Jules avait 5 ans d’avance sur moi et donc ça a été à la fois mon frère, mon coach, mon partenaire d’entrainement et aussi mon modèle pour avancer, avec mes particularismes, mais avec un chemin qui avait déjà été bien déblayé. Toutes ces expériences et évidemment aussi cette co-motivation à se dépasser nous ont bien-sûr rapproché. Aujourd’hui, en y réfléchissant bien, je pense qu’on se croise plus sur l’eau qu’à terre ! On a chacun nos contraintes géographiques et d’emploi du temps, mais cet agenda-là est toujours synchronisé (sourire).
 
Jules : Oui, comme je le disais, lorsque mon père n’a plus pu naviguer, j’ai sur certaines sessions pris le relais pour pousser Justin à progresser, en lui donnant des conseils. J’avais sept ans de plus que lui, c’est donc toujours sympa d’avoir quelqu’un de plus fort que toi pour progresser. Cela a créé des liens forts entre nous, cela nous a rapprochés sur pas mal de points, même si dorénavant Justin est parti vers une autre filière que la mienne. Vivre aujourd’hui du windsurf est en effet ultra- compliqué…
 
- Quelles qualités attribuez-vous à votre frère en tant que windsurfeur, et que lui enviez-vous le plus en termes de windsurf ?
 
Justin : Beaucoup de choses, il a évidemment atteint un niveau qui est a des années lumières du miens, et particulièrement en saut. Ce qui m’impressionne chez Jules c’est vraiment son audace et la force qu’il arrive à fournir pour maîtriser des sauts complexes dans des conditions dantesques. Ce sont d’ailleurs ces conditions de prédilections. Il se met très souvent à l’eau à Wissant à Wissant à marée haute, au pire moment pour le commun des mortels. Son truc, dans le windsurf et dans le vie, c’est de repousser ses limites en gardant et en utilisant ce brin de folie qui le caractérise. Je ne sais pas si mon dos lui envie vraiment cela (sourires) mais en tout cas c’est vraiment quelque chose qui me rend admiratif du windsurf de Jules.
 
Jules : Justin était très doué en planche dès sa jeunesse, à âge égal il était meilleur que moi. Comme il m’a eu en moteur, celui lui a permis d’évoluer rapidement et il était talentueux, car il a vite progressé. Il faut savoir que nous ne naviguons pas dans un endroit où il fait chaud, où il fait beau et où le spot marche tout le temps. C’est quand même un endroit où il fait assez froid, on passe quand même beaucoup moins de temps dans l’eau que des mecs qui habitent aux Canaries, à Hawaii, en Guadeloupe ou autres… Lorsque nous avons des conditions, elles sont assez dures et ce ne sont pas des conditions qui sont toujours les mêmes. 
Même si Justin ne naviguait donc pas à un rythme effréné, il a vite été bon. Le problème du windsurf, c’est qu’à un moment, il faut en vivre pour continuer à progresser et à évoluer. Quand tu atteins 18, 19, 20 ans et que tu ne vis pas de la planche, tu es obligé de te diriger vers une autre voie. J’ai la chance de pouvoir continuer à faire ça, lui suit un parcours un peu différent, mais je pense qu’il continue toujours le windsurf avec passion, il navigue toujours aussi bien et il s’éclate toujours autant à faire de la planche.
Ce que je lui envie ? Je dirais son goiter une main, je pense qu’il le maîtrise bien mieux que moi! S’il y a vraiment un move et une manœuvre que je lui envie, c’est celle-là… Je vais m’entraîner pour essayer de bien le rentrer !
 
- Lequel d'entre vous est le plus connecté aux réseaux sociaux ? 
 
Justin : Bonne question ! C’est vrai que quand on a commencé c’était le début de tout ça. On était parmis les premiers à créer notre site internet à l’époque et à y publier régulièrement des articles. Notre mère nous a beaucoup aidé à ce sujet. Ensuite sont venus les réseaux sociaux et les vidéos. C’est vrai que je les ai beaucoup utilisé mais je pense qu’aujourd’hui c’est Jules qui en fait le plus usage, car l’image c’est son métier. Il s’est construit une belle communauté digitale avec à la fois des passionnés de windsurf mais aussi beaucoup de personnes externes au milieu. Ca donne un mélange sympa et ça évite d’avoir une communication trop spécialisée, ce qui peut devenir ennuyeux.
 
Jules : Je pense que Justin a toujours été porté davantage sur les réseaux sociaux, le partage de vidéos en direct… même si aujourd’hui il le fait moins car il n’en a plus la nécessité. Le windsurf est devenu 100% plaisir pour Justin, il navigue désormais vraiment pour lui. 
Pour ma part, quand je suis arrivé sur le Tour il n’y avait pas de réseaux sociaux. Cette partie-là m’a toujours un peu saoulé, même si on a été tous un peu obligés de le faire. Aujourd’hui je le fais, c’est vrai que c’est un super outil pour communiquer et pour partager ce que l’on réalise au cours de nos saisons. Cependant, on le fait maintenant un peu trop, et un peu trop de manière cinématographique. Il faudrait que cela soit un peu plus authentique...
 
-Avez-vous quelques souvenirs/anecdotes communes liés au windsurf à nous partager ?
 
Justin : J’en ai plein. Jules en a certainement plus car il était plus âgé à ce moment là et donc voyait les choses avec plus de recul. Mais je me souviens très bien de mon premier forward posé à Fuerteventura. On accompagnait Jules sur une PWA avec ma mère et j’en profitais pour naviguer en freesession à côté. A la réception de ce fameux forward, j’ai posé mon matos sur la plage et j’ai fait 2 choses : 1. Aller voir si ma mère l’avait bien pris en photo 2. Courir voir Jules pour lui raconter C’était important pour moi et pour lui car c’est avec lui que j’avais fait ce long travail pour arriver à la réception de ce premier front. Et puis Jules pour moi c’était la référence donc il fallait qu’il valide cette réussite.
 
Jules : J’ai effectivement pas mal de petits souvenirs, surtout lors de trips que l’on a faits ensemble, notamment avec ma mère à Fuerteventura aux Canaries. C’était la première fois que j’allais naviguer avec Justin dans les grosses grosses vagues, sur des spots tels qu’on en voit qu’à la télé ou que dans les vidéos… On revenait de ces sessions avec des étoiles plein les yeux, ma mère nous prenait en photo et le soir nous regardions les images… Je me souviens aussi de l’époque où Justin était tout petit, et que je l’aidais à progresser, cela marque. C’était des moments hyper sympas que l’on a passés ensemble !
- Vos projets et challenges pour cette année 2022 ? 
 
Justin : Déjà, aller sur l’eau plus régulièrement qu’en 2021 ! C’est vrai que l’on n’a pas été gâtés l’année passée. Mais mon principal objectif en windsurf reste le même à mes yeux : prendre du plaisir sur l’eau et profiter des belles conditions dès qu’elles pointent le bout de leur nez.
 
Jules : Je suis vraiment content de repartir sur une saison complète après deux saisons galères, avec pas mal de compètes annulées et où tout tournait un peu au ralenti. J’ai bien démarré avec une bonne première étape au Cap-Vert, et j’ai vraiment envie de continuer, j’ai de quoi faire une bonne saison cette année en Coupe du monde ! Je suis ultra-motivé… Il y a en outre pas mal de trips qui vont s’organiser, je vais aller au Mondial du Vent et au Défi Wind également. Cela va être une année assez pleine, je vais essayer de donner le maximum et de tout faire pour être content de ma saison en fin d’année !