Changement climatique : face à l'érosion du littoral, les élus locaux tentent "de gagner du temps"

Rédigé le 30/09/2022
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En France, 16 000 bâtiments sont menacés par le recul du trait de côte. Nous nous sommes rendus à Tardinghen, dans le Pas-de-Calais, où élus, habitants et chercheurs ont le sentiment d'être "coincés" face à l'inéluctable.

Ce qui frappe quand on descend la colline en direction de la mer sur les hauteurs de Tardinghen (Pas-de-Calais), c’est la lumière de la côte britanique aperçue au loin. Mais ce qui prend de plus en plus de place dans la commune, c’est l’état de santé de la dune. "On est dans une situation un peu critique où la dune est en train de s'éroder", se désespère le maire, Thibaut Segard. 

Tardinghen consolide sa dune depuis plusieurs années pour tenter de freiner l’avancée de la mer. Mais le maire sait qu’elle passera un jour de l’autre coté : "Le but, c'est de gagner du temps avec l'idée de trouver une solution pérenne". Sur le littoral français, plus de 16 000 bâtiments sont menacées par l’érosion des côtes. Cela concerne 864 communes. C'est pour tenter de répondre à ce phénomène lié au changement climatique que se tient cette semaine le congrés de l'Association des élus du littoral (ANEL) au Grau-du-roi (Gard).

"Ça commence à urger"

À Tardinghen, l'urgence de la municipalité ce sont ces trois résidences secondaires construites derrière la dune, près du marais. Des maisons condamnées à moyen therme. Mais Thibaud Segard n’a pas les moyens de préempter les habitations : "Sur le papier, je peux le faire, mais dans les faits, on ne peut pas payer. Donc pour l'instant, on défend pour maintenir, le temps de trouver des solutions. Mais ça commence à urger et pour l'instant, rien n'est concret".

L’autre chantier c’est le sauvetage de la ferme de Romain Boulet, implantée à 300 m de la dune. Depuis deux ans, cet éleveur essaie de relocaliser son exploitation plus en arrière. Mais là encore, il fait face, dit-il, à des blocages : "Ils sont tous partants pour sauvegarder la ferme, mais derrière, il n'y a personne qui est en mesure de donner l'autorisation parce que les plans d'urbanisme sont conçus d'une façon à protéger fortement le littoral. Mais quand on se retrouve dans des cas particuliers comme le nôtre, on se retrouve coincé".

"Une lourde responsabilité"

Il y a huit ans, l’État a délegué la gestion du risque d’érosion aux élus locaux. Mais le résultat n’est pas satisfaisant, estime Olivier Cohen, maître de conférence en géographie à l’université du Littoral-Côte-d’Opale : "Pour certaines petites communes et petites intercommunalités, c'est une compétence qui est très lourde à porter, techniquement et financièrement. C'est une lourde responsabilité pour certains territoires".

Thibaut Segard, le maire de Tardinghen, se sent très seul face a la montée de la mer. L'érosion n’est pas prise en charge au titre des catastrophes naturelles.